Hommage au pionnier du cyberactivisme tunisien, Ettounsi, 8 ans déjà …

 

Zouhair Yahyaoui, Ezzou, Ettounsi mté3 TuneZine, pionnier des cyberdissidents tunisiens, le premier à avoir combattu le régime de Zaba virtuellement, le premier à avoir appelé le président déchu ainsi, emprisonné et torturé, artiste des mots qui ont causé ses maux, celui qui a ouvert la voix au cyber-activisme en Tunisie, a réuni au cours de cette soirée du mardi 12 mars 2013, des dizaines d’internautes venus lui rendre hommage, la veille de la date de son décès, survenu 8 ans auparavant, le 13 mars 2005.

Depuis l’année dernière, le jour anniversaire de son décès est déclaré “Journée nationale pour la liberté d’internet”, ses tortionnaires n’ont toujours pas été jugés, sa famille ne veut pas lâcher l’affaire, ses amis se souviennent de lui et lui rendent hommage avec encore plus de passion et d’émotion, ceux qui ne le connaissent pas découvrent un symbole vivant qui a laissé un héritage et marqué l’histoire de la lutte contre la censure en Tunisie.

zouhair_yahyaoui_graffiti-2013La commémoration de la mort de Zouhair Yahyaoui s’est déroulée à la maison de culture Ibn Rachiq de Tunis. Le hall de l’établissement était orné de plusieurs tableaux peints par le défunt cyberdissident, qui, en plus de sa plume sarcastique, peignait des tableaux de styles abstraits et humoristiques et des caricatures. Il y avait aussi, juste à l’entrée, deux de ses lettres, adressées à Zine El abdine Ben Ali et Rached Ghannouchi, postées sur le site qui a provoqué son arrestation http://tunezine.tn/. Censuré sous Ben Ali, le forum TuneZine a rouvert hier minuit avec la totalité de son archive.

Un reportage sur la vie de Zouhair Yahyaoui a été projeté pour introduire la soirée-hommage. Diffusée sur la chaine Nessma en 2012, le reportage relatait la vie de Zouhair, ses combats, les témoignages de sa mère et ses proches qui étaient tous présents au premier rang. Après, c’était au tour de ses amis de prendre la parole, Dr Foued alias Decepticus, Lecteur assidu alias Taieb Moalla, Om Zied, Omar Khayyam alias Mohamed Bourigua, Sami ben Gharbia de Nawaat…

Chacun des compagnons virtuels et réels de Ettounsi ont tenu à raconter des anecdotes qu’ils ont vécus ensemble, insisté sur son côté joie de vivre et sa plume spéciale qui tourne tout en dérision, et le jeu de mots qu’il aimait tant. Une bonne humeur qui s’est dissipé après son séjour en prison; l’ayant affecté physiquement et psychologiquement.

Zouhair a empêché l’arrestation d’au moins 3 personnes, déclarent ceux qui l’ont connu. Même sous la torture, il n’a jamais voulu révéler les identités de ces personnes actives sur TuneZine cachées derrière leurs pseudos. Quand on lui demandait qui était derrière lui, il se tournait et indiquait “le mur”, une blague qui lui a causé bien des calvaires. On pensait qu’il y avait toute une organisation derrière Zouhair alors qu’il agissait seul, avec plus tard l’aide de sa fiancée Sophie alias El warda.

Sa sœur a lu, non sans grande émotion, une de ses lettres dans laquelle il parlait de son état d’âme après son emprisonnement et ce qu’il pense de la mort et du suicide, des visions qui ont radicalement changé après toute la souffrance qu’il a vécue.

Om Zied a parlé de lui comme le fils qu’elle n’a pas eu. Partis avec Taib Moalla au SMSI, Sommet mondial de la société de l’information qui s’est déroulé à Genève en 2005, ils étaient tout le temps poursuivis par la police de Ben Ali et se désolaient de la présence des Rcdistes à l’instar de Saida Agrebi, raconte-elle. La semaine de sa mort, il comptait déjeuner chez elle pour lui apprendre à utiliser un proxy…

Des intermèdes musicaux ont séparé les témoignages des différents intervenants. Decapticus a joué sur son oud une reprise de Hasta Siempre commandante qui l’a dédié à Zouhair lors de son arrestation. La chanteuse Rym Ben Jannet a effectué une très belle interprétation de la chanson «yé Mséfér wahdék» de Mohamed Abdel Waheb sur la demande de la mère du regretté ainsi que la chanson de Marcel Khalifa «Ahénou ilé Khobzi Ommi».

A la fin de la soirée, la mère de Zouhair Yahyaoui a été appelée à monter sur scène et a reçu un trophée et un bouquet sous les applaudissements des présents. Aujourd’hui, 13 mars, plusieurs activistes comptent aller se recueillir sur la tombe d’Ettounsi à Ben Arous.

L’année dernière, le président provisoire Moncef Marzouki s’était rendu sur sa tombe et avait remis à sa mère les insignes de Grand officier de l’Ordre de la République décernées à titre posthume. Cette année, aucun hommage officiel n’est prononcé. Cependant, les amis d’Ettounsi, ceux qui l’ont connu et ceux qui ne l’ont pas connu ont une ferme intention de continuer son combat et de perpétuer sa mémoire.

Dans la page d’accueil de TuneZine, nous pouvons lire : Zouhair Yahyaoui était un des principaux défenseurs des libertés en Tunisie; mort le 13 mars 2005, il a légué au peuple tunisien TUNeZINE.com pour que la Tunisie qu’il aimait continue de se battre contre l’oppression et l’arbitraire…

«Ce n’est pas la fin. Ce n’est même pas le commencement de la fin. Mais, c’est peut-être la fin du commencement». Winston Churchill.

 

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Sara Tanit

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