Technovation Rabat 2026 : la Tunisie et l’Afrique face au débat sur la réduction des risques liés au tabac
Rabat a accueilli l’édition 2026 de Technovation, un rendez-vous organisé par Philip Morris International (PMI) qui a rassemblé chercheurs, médecins, journalistes et représentants institutionnels venus du Maroc, de Tunisie, de Libye et du Sénégal, le 24 juin 2026.
Loin d’une simple opération de communication, la rencontre a posé une question qui dépasse largement le seul secteur du tabac : comment penser des politiques de santé publique réellement adaptées aux réalités africaines, plutôt que calquées sur des modèles importés ?
La nicotine et la combustion, deux réalités à ne pas confondre
La première session, animée par le professeur David Khayat, oncologue tunisien bien connu au-delà des frontières du pays, s’est attaquée à une confusion tenace : celle qui assimile systématiquement la nicotine au cancer.
Le professeur a rappelé que si la nicotine entretient la dépendance, elle n’est pas classée comme substance cancérigène, une position partagée par plusieurs autorités sanitaires internationales.
Il s’appuie sur un argument difficile à contester : depuis des décennies, la nicotine est prescrite sous forme de patchs ou de gommes pour aider les fumeurs à décrocher, ce qui n’aurait aucun sens si elle était elle-même à l’origine des cancers liés au tabac.
Le véritable problème, selon lui, se trouve ailleurs : dans la combustion. Brûler du tabac libère une fumée chargée de plus d’une centaine de substances toxiques, et c’est cette fumée, bien plus que la nicotine, qui explique la grande majorité des maladies liées au tabagisme.
Cette distinction a servi de fil conducteur à l’ensemble de la journée, plusieurs intervenants évoquant des réductions d’exposition à certaines substances nocives pouvant atteindre 90 à 95 % avec des produits sans combustion.
La Tunisie, entre potentiel et contraintes réglementaires
La voix tunisienne s’est fait entendre à plusieurs reprises. Le professeur Amen Allah Messaadi, spécialiste de la réanimation des grands brûlés et président de l’Association tunisienne de traitement des brûlures et des plaies, a rappelé que les dégâts du tabagisme ne se limitent pas au cancer du poumon : cicatrisation ralentie, complications vasculaires, pression accrue sur un système de santé déjà sollicité.
Il a également pointé les limites d’une politique reposant essentiellement sur la hausse des prix, qui peut pousser certains consommateurs vers des produits informels, non homologués et potentiellement plus dangereux.
De son côté, Taylan Suer, président de PMI Maghreb, voit dans la Tunisie un marché à fort potentiel : une population éduquée, connectée et globalement ouverte à l’innovation, à condition de disposer d’une information fiable.
Il souligne toutefois un obstacle de taille, le monopole exercé par la Régie sur le marché tunisien du tabac, qui limite l’accès de certains produits alternatifs, ainsi qu’une dimension culturelle à ne pas négliger : dans la région, fumer reste souvent une pratique sociale, associée aux cafés, aux soirées de Ramadan ou aux matchs de football.
Une souveraineté sanitaire à construire à l’échelle africaine
Le second grand axe de la journée portait sur la capacité des pays africains à élaborer leurs propres cadres réglementaires, plutôt que de reproduire des textes pensés pour l’Europe ou l’Amérique du Nord.
Réunis autour du journaliste Samid Ghilane, plusieurs experts, dont le professeur Messaadi pour la Tunisie, ont plaidé pour des politiques tenant compte des habitudes de consommation locales, du poids de l’économie informelle et des moyens réels des systèmes de santé du continent.
Un mot d’ordre a traversé l’ensemble des échanges, sans ambiguïté : les non-fumeurs, et en particulier les mineurs, ne doivent jamais commencer à fumer, et l’arrêt total reste la meilleure option pour les fumeurs adultes. Les alternatives sans combustion n’ont été présentées que comme un recours possible pour ceux qui, malgré leurs efforts, ne parviennent pas à décrocher.
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