Sada El Atlas : quand Outail Maaoui embarque le public dans un voyage musical ancré dans le patrimoine
Sada El Atlas, ou Les échos de l’Atlas, est le nouveau projet artistique porté par le compositeur et violoniste Outail Maaoui et présenté dans le cadre de la 44ème édition du festival international de Boukornine.
Il s’inscrit dans une trilogie que le musicien construit depuis plusieurs années, amorcée avec le spectacle Liqaa en 2014, puis poursuivie avec Dhilal Al Atlas ou Les Ombres de l’Atlas en 2023. Avec Sada El Atlas, Outail Maaoui referme la boucle d’un cheminement artistique cohérent, où chaque étape approfondit un peu plus le dialogue entre création contemporaine et héritage tunisien.

Un voyage sonore assumé, entre expérimentation et enracinement
Oscillant entre compositions instrumentales et performances vocales, Les échos de l’Atlas est une invitation à s’envoler dans un voyage musical. Le patrimoine tunisien constitue l’ancre de ce spectacle, qui mise pleinement sur l’expérimentation et la construction sonore.
Rythmes gitans, folk et andalous se mêlent aux percussions, dans un appel incessant à taper des mains et à se laisser porter par les notes, un crescendo qui monte souvent avant de clore chaque morceau, prolongé par un son porté comme par un vent venu d’au-delà des montagnes.
Juste avant de se perdre, le son du ney et du violon viennent rappeler souvent l’ancrage du patrimoine traditionnel tunisien, tandis que l’accordéon de Hatem Ljami, instrument voyageur par excellence est venu en milieu du spectacle pour une touche de modernité assumée.
On aurait aimé que Outail Maaoui introduise les différents morceaux de musique joués et nous relate un peu le fil conducteur du spectacle et la genèse des compositions, histoire d’inciter le public à monter à bord, mais cela n’a réduit en rien le pouvoir transporteur et le charme et que les compositions ont réussi à dégager.
Raoudha Abdallah et Mohamed Ali Chebil, deux voix au service du voyage
Pour ce projet, Outail Maaoui a fait appel à l’artiste Raoudha Abdallah, dont la voix aérienne et entraînante happe les spectateurs dès les premières notes. Sa présence sereine, portée par une passion débordante, traduit une véritable envie de transmettre, de chanter et de faire chanter le public.
Elle interprète « Nkhammem Fik » et « Ya Soghri », deux titres chaleureusement accueillis, dont le refrain est repris en chœur par les spectateurs. Le voyage se poursuit avec un solo de guitare qui accompagne la chanson Lik, une belle balade rêveuse et romantique.

Dans la dernière partie du concert, Mohamed Ali Chebil prend le relais avec l’es chansons Tmannit, Ena Nmout Alik et Win Nbatou, dont les paroles sont signées Raoudha Abdallah. Avant d’interpréter ce dernier titre, il prend le temps de présenter l’ensemble des musiciens ayant participé au spectacle.
Son interprétation de la chanson Ena Nmout Alik, version tunisienne de La Foule d’Édith Piaf sur des paroles de Syrine Chekili, résonne particulièrement auprès d’un public qui connaît et affectionne ce morceau, l’accompagnant en chœur du début à la fin.
Le spectacle se referme sur Holm ou Rêve, dans le cadre intime et minimaliste de l’amphithéâtre de la ville de Hammam-Lif, et malgré un orage qui a pu décourager plus d’un spectateur, le public a réagi avec une belle générosité.
Les musiciens, portés par une musique maîtrisée et un son racé, ont laissé transparaître une émotion aussi contagieuse que débordante. Il n’en fallait pas plus pour créer une osmose perceptible sur le visage de chacun, et cette satisfaction que seule une belle musique sait faire naître.
Sara Tanit
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