Or-Kes-Tra de Hamza Bouchnak fait revivre l’univers de Ragouj et plus encore au Festival Boukornine 2026
Quand on aime la musique et que l’on choisit d’en faire sa vie, c’est finalement une partie de son âme que l’on y dépose, et une grande part de soi que l’on offre au public. Lorsqu’on grandit dans une famille d’artistes, bercé depuis l’enfance par les plus belles voix et les mélodies intemporelles, cette relation devient encore plus profonde. Elle façonne les goûts, nourrit les inspirations et renforce ce besoin presque instinctif de transmettre les émotions que procurent les grandes chansons.

Hamza Bouchnak fait partie de ces artistes qui ont grandi au cœur de cet univers. Issu d’une famille qui a profondément marqué la scène musicale tunisienne, il a côtoyé depuis toujours les figures qui ont façonné le paysage artistique national. Aujourd’hui, c’est à son tour qu’il imprime sa signature, avec un univers musical reconnaissable entre tous.
Compositeur de la bande-son du feuilleton Ragouj, réalisé par son frère Abdelhamid Bouchnak et diffusé durant les mois de Ramadan 2024 et 2025, Hamza Bouchnak est à l’origine de ces musiques et chansons qui ont rythmé la série et largement contribué à son immense succès. C’est précisément cet univers sonore qui a donné naissance à son premier spectacle, Or-Kes-Tra, pensé comme une prolongation musicale de l’œuvre télévisuelle.
Certaines chansons de Ragouj sont d’ailleurs devenues de véritables classiques populaires, aimées, reprises et fredonnées par le public. Elles évoquent instantanément les personnages du feuilleton, auxquels de nombreux spectateurs continuent de s’identifier.
Avec Or-Kes-Tra, entouré de musiciens soudés et complices, Hamza Bouchnak a achevé une tournée qui l’a conduit sur plusieurs scènes tunisiennes avant de faire escale, pour la première fois, au Festival international de Boukornine, devant un public impatient de découvrir ce spectacle devenu un véritable phénomène.
L’ambiance était déjà installée avant même le début du concert. Plusieurs spectateurs avaient adopté le dress code emblématique de Ragouj, arborant le célèbre foulard fleuri, symbole de la femme travailleuse des champs, prêts à replonger dans l’univers du feuilleton qu’ils ont tant aimé.
Le spectacle s’ouvre sur les premières notes de guitare folk annonçant le générique de Ragouj. Une mélodie entraînante, portée par une trompette inspirée, transporte immédiatement le public dans cette réalité parallèle où un village lutte, espère et rêve d’un avenir meilleur.
Sous le regard attendri de sa mère, installée au premier rang, ainsi que de son frère et complice Abdelhamid Bouchnak, présent dans les gradins aux côtés de plusieurs membres de l’équipe du feuilleton, Hamza Bouchnak dirige une formation composée d’une douzaine de musiciens talentueux. Plusieurs d’entre eux avaient déjà participé au grand spectacle Ragouj, sorte de comédie musicale reproduction du feuilleton, qui avait sillonné les festivals tunisiens l’année précédente.
Ce qui frappe avant tout dans cette aventure orchestrale présentée à Boukornine, c’est la complicité évidente qui unit les membres du groupe. Les échanges derrière les micros, les regards, les sourires et les clins d’œil témoignent d’une véritable communion entre les artistes. Cette proximité crée une atmosphère chaleureuse et une légèreté communicative qui se transmet naturellement au public.
L’un des moments forts de la soirée reste l’interprétation de One Night in Ragouj. À la fin du morceau, Hamza Bouchnak lance avec émotion : « On l’a fait, on en rêvait, et on rêve encore. » Depuis les gradins, plusieurs spectateurs lui répondent spontanément : « Et on va encore rêver ! ».
L’acteur et rappeur Issam Absy était le guest star de cette soirée. Il a interprété l’un des morceaux de rap devenus incontournables grâce au feuilleton. Puis est venu le tour de Mahmoud Saidi, alias Pedro, qui a chanté l’amour reprenant ‘Ana Nghanni 3al Hob’, une chanson que le public connaît désormais par cœur.

Avec beaucoup d’émotion, Mahmoud Saidi a déclaré : « Pedro rêvait de chanter sur scène et aujourd’hui, il est devant vous. Il y a toujours de l’espoir. ». Le spectacle s’est également offert quelques parenthèses musicales inspirées des années 90, imprégnées de l’univers de la Hadhra, avec notamment Sidi Abdelkader et Rayes Labhar, deux titres qui ont suscité un enthousiasme immédiat dans le public.
Mahmoud Saidi a ensuite interprété ‘Ritek Mé Na3réf Win’ de Lotfi Bouchnak. Une chanson chère au cœur de Hamza Bouchnak, qui a confié : « C’est probablement la chanson qui m’a donné envie d’aimer la musique. »
L’un des points forts d’Or-Kes-Tra réside également dans la place accordée aux musiciens. Chacun bénéficie d’un véritable moment d’expression en solo, constamment soutenu par l’ensemble du groupe. À chaque performance, les autres musiciens encouragent leur partenaire, créant une dynamique collective qui dépasse la simple exécution musicale.
Ainsi, Iskander Ben Abid avec sa maitrise parfaite de la clarinette et Leith Boulares, avec sa mandoline et ses shqāshiq, instruments emblématiques du Stambeli, a offert un passage hypnotique, proche de la transe collective. Mehdi Jalel, à la guitare électrique, Sayed Zghal, à la trompette, ainsi que l’ensemble des autres musiciens, ont chacun démontré leur virtuosité, séduisant le public par la richesse de leurs interprétations.
Au-delà de la musique et des chansons, Or-Kes-Tra se veut un concert intime et empreint de tendresse. Le public n’y est pas un simple spectateur, il en devient l’un des principaux protagonistes. Le spectacle prolonge sur scène un rêve né à l’écran, faisant revivre l’univers de Ragouj avec une sincérité et une émotion palpables.
Le Festival international de Boukornine a souvent été la première scène de nombreux artistes devenus, par la suite, des références à l’échelle tunisienne, arabe et même internationale. Cette première scène à Hammam-Lif sera-t-elle de bon augure dans la nouvelle aventure artistique de Hamza Bouchnak ? C’est tout le mal qu’on peut lui souhaiter.
Sara Tanit
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