Le Cinévog ferme ses portes : Reflet de l’équilibre précaire entre culture et finance en Tunisie…

Un rêve, celui d’une culture de proximité et l’ambition de faire revivre un cinéma qui date des années 40 avec son cachet caractéristique et son atmosphère conviviale. Ce rêve est celui de Moncef Dhouib qui s’est acharné pendant des années afin de revivre le Cinévog niché au coeur de la ville banlieusarde d’El Kram.

Cinévog a revu le jour fin 2015, haut en couleurs et plein de promesses après de fastidieuses opérations de restauration et rénovation. L’espace a réconcilié les riverains avec le cinéma et a attiré bien des curieux aussi bien pour savourer des films sur grand écran que pour assister à des spectacles et participer à des ateliers.

Presque 2 ans plus tard, Moncef Dhouib déclare sur les réseaux sociaux, qu’il renonce à continuer l’aventure : “Cinévog ferme parce que tout simplement ça ne marche pas.
Après deux ans d’exercice cet espace culturel n’arrive pas à couvrir ses dépenses et cumule les dettes…”

Cinévog: Une histoire de renaissance

CinéVog est un cinéma à toit ouvrant qui a été lancé par la famille italienne Lambardo entre les années 1948 et 1950. Cet espace a vu de beaux jours jusqu’aux années 90 lorsqu’il fut obligé de fermer ses portes fautes de moyens, d’un manque d’affluence, de changement des mœurs…Il ne pouvait plus survivre en restant juste un cinéma.

Le cinéaste et homme de théâtre Tunisien Moncef Dhouib a décidé de redonner sa chance et infuser de la vie à cet espace culturel qui est devenu un  ciné-café-théâtre de proximité à El Kram. Avec de faibles moyens, un manque de soutien financier mais beaucoup de solidarité et persévérance, Cinévog a réouvert ses portes. Les banlieusards ont retrouvé une salle de cinéma de 450 places, un café culturel, une galerie de 850 mètres carré de superficie en plus d’un espace consacré à la formation en matière d’art et d’arts de la scène.

A qui incombe la faute?

La fermeture de Cinévog n’est pas seulement un échec individuel, il remet en cause tout une politique culturelle appliquée en Tunisie car la créativité, la passion et la diversification des produits y sont, les ingrédients d’un projet prometteur aussi mais…

Certains diront que c’est la faute à l’état qui ne soutient pas ce genre d’initiatives privées au profit des maisons de culture étatiques qui fleurissent partout et qui sont entièrement financés par le contribuable. Des établissements qui, à l’image des administrations publiques, sont gérées par des employés non motivés qui ne sont pas conscients de l’importance de leurs missions, et n’arrivent pas à combler un manque et une demande d’un produit culturel de qualité.

D’autres diront que c’est la faute à la gestion interne au sein de l’établissement, à un manque de confort et une installation technique et matérielle approximative qui n’est pas des meilleurs points de vue sonorisation, écran…

La décadence culturelle est aussi pointée du doigt, comment faire vivre un espace culturel dans un pays qui fait de la culture sa dernière préoccupation, qui n’est pas conscient de l’importance des arts pour faire évoluer les mœurs et ouvrir les esprits, qui est incapable de soutenir une industrie culturelle et n’y investit pas suffisamment…

Sauvons Cinévog

Plusieurs internautes se sont indignés et ont partagé en masse la décision de Moncef Dhouib. Des réactions impulsives ont fusé de part et d’autres sur les réseaux sociaux appelant à relancer une chaîne de solidarité pour faire vivre Cinévog, à se tenir d’y aller régulièrement ou à collecter de l’argent pour combler ses dettes.

Le ministre de la culture Mohamed Zine El Abdine a déclaré, sur la chaine Nessma le lendemain de l’annonce de cette fermeture, être touché par la fermeture de l’établissement et sa décision d’y aller et intervenir dans un souci de développer cette culture de proximité et encourager la culture pour tous et partout.

D’ailleurs, des internautes ont lancé une pétition citoyenne en ligne pour appeler à ce que le ministère des affaires culturelles intervienne pour empêcher la fermeture d’un centre culturel assimilée à l’incendie d’une grande bibliothèque.

Mais c’est un véritable plan de sauvetage qui doit être mis en œuvre pour que justement ce genre d’échecs ne se répercute pas sur d’autres initiatives personnelles qui désireraient donner vie à des espaces culturels privés.

Il faudrait peut être aussi étudier les raison de succès d’autres espaces culturels privés qui résistent contre vent et marée et qui subsistent encore malgré toutes les difficultés. Repenser l’offre culturelle pour qu’elle s’accommode au gout du jour et penser à d’autres alternatives pour inciter les jeunes et moins jeunes à bouger et à se déplacer pour consommer un produit culturel.

Cet échec est une sonnette d’alarme pour mettre au point une véritable stratégie et une feuille de route afin de non seulement sauver Cinévog mais donner de l’espoir à d’autres initiateurs culturels dans les régions de Tunisie et ne pas décourager des milliers de Tunisiens qui croient en la force de la culture pour faire face contre l’obscurantisme.

Sara Tanit

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