Film Alam du palestinien Firas Khoury : La Nakba à travers les yeux de la génération Z

Le film Alam de Firas Khoury est le premier long-métrage du réalisateur palestinien installé depuis 2016 en Tunisie, ce film commémore La Nakba ou la catastrophe survenue le 15 mai 1948 et qui correspond à  l’exode de presque 750 000 Palestiniens poussés à quitter leurs terre et la Palestine. Un déplacement forcé qui est à l’origine de la création de l’Etat d’Israël…

Le tournage du film s’est déroulé entièrement en Tunisie, dans des décors, maisons et rues facilement reconnaissables par les natifs, Alam relate l’histoire de Tamer, un adolescent palestinien issu de la communauté des arabes de 48. Tamer mène avec ses amis la vie d’un lycéen insouciant dans un établissement contrôlé par l’occupant israélite jusqu’à l’arrivée de la belle Maysaa. Pour lui plaire Tamer accepte de prendre part à une mystérieuse opération ‘drapeau’, à la veille de la commémoration de la Nakba, jour de fête pour l’occupation.

Le film expose différents profils de jeunes faisant partie de la génération Z, celle regroupant aussi bien des adolescents que des jeunes actifs de moins de 25 ans. On y reconnait le rebelle au comportement impulsif et qui ne mesure pas la conséquence de ses actes, le nonchalant qui chercher juste à profiter des plaisirs de la vie accessibles à son échelle, l’insubordonnée qui a du mal à se plier aux règles et le peureux, qui se cherche et désire plaire à ses amis sans pour autant désobéir à ses parents ou se mettre en danger..

C’est avec l’œil de ce dernier personnage apeuré et timide et en suivant son entourage et son vécu que le film trace sa route. La caméra portée et ses mouvements continuels accentuent la bougeotte qu’on retrouve naturellement chez des adolescents en agitation perpétuelle et consolide leur besoin de se révolter, comme tous les jeunes appartenant à cette tranche d’âge. Sauf que ces jeunes palestiniens portent un poids sur leur épaule, celui de l’injustice subie par leur aïeuls et une culpabilité de devoir subir l’oppression de l’occupant sans réagir comme ils le voudraient.

A travers l’opération ‘drapeau’ qui vise à enlever le drapeau d’Israël perché sur le toit de l’école et le remplacer par le drapeau de la Palestine, ces jeunes vont essayer remporter une victoire symbolique même si c’est avec un simple morceau de tissu qu’ils n’ont jamais appris à adorer.

Cet incident n’est pas sans rappeler un fait divers tunisien au cours duquel un extrémiste a tenté d’arracher le drapeau tunisien et de lever à la place le drapeau de l’organisation terroriste ‘Daech’ sur le toit de l’université de la Manouba en 2013. L’étudiante Khaoula Rachidi s’est interposée à l’époque et l’a empêcher d’arracher le drapeau…

“Mon père disait que le début de la Libération, c’est pouvoir hisser ton drapeau. Le summum de la libération serait de pouvoir le brûler”, disait l’un des personnages. Une citation qui reflète la relation ambiguë que ces jeunes ont avec le drapeau, un des symboles d’une nation. Une vision que le réalisateur partage ouvertement.

A un moment, tout le monde devrait se tenir sous une même bannière, déclare le réalisateur palestinien se qualifiant d’être humain international qui ambitionne un jour de vivre dans une planète sans drapeaux ni frontières.

Ce long-métrage est peut être une des rares fois ou le conflit israélo-palestinien est abordé sur grand écran avec autant de poésie sans exposer frontalement la guerre mais en relatant la vie à côté, les préoccupations d’une tranche de la population dont on se soucie peu et dont on prend rarement l’avis en considération.  Le film nous rappelle que, certes une guerre parfois cruelle est en cours, mais la vie continue, malgré tout.

Le film Alam est une production palestino-franco-tunisienne qui réunit de jeunes acteurs palestiniens talentueux: Mahmood Bakri, Sereen Khass, Mohammad Karaki, Muhammad Abed Elrahman, Ahmad Zaghmouri, Saleh Bakri en pluus des acteurs tunisiens Abdelmonem Chouayet, Moez Toumi et Saoussen Maalej.

Il a remporté la Pyramide d’or au Festival International du Film du Caire, le premier prix de la compétition internationale, le prix du meilleur acteur pour Mahmood Bakri et le prix du public et a été sélectionné au Toronto International Film Festival.

ALAM, premier long-métrage de fiction du réalisateur palestinien Firas Khoury sort dans les salles de cinéma tunisiennes dès le 17 mai 2023.

Sara Tanit

Print Friendly, PDF & Email

Plus :  Cinema   Kult   TopNews



  • Envoyer