Interview Exclusive Taylan Suer : La Tunisie a le potentiel de devenir un acteur majeur de la transformation vers un avenir sans fumée
À l’occasion de Technovation Rabat 2026, événement organisé par Philip Morris International (PMI) le 24 juin à Rabat, voici le compte-rendu d’une rencontre avec Taylan Suer, Président de PMI Maghreb qui revient sur les enjeux de l’innovation, de la réduction des risques et sur les perspectives pour la Tunisie et la région.

Technovation Rabat place l’innovation et la transformation au cœur du débat. Quelle est l’ambition derrière cet événement, et comment peut-il contribuer à faire évoluer la réflexion en matière de santé publique en Tunisie et dans la région ?
Taylan Suer :
Technovation est une plateforme de dialogue autour de l’innovation et de la transformation du secteur du tabac et de la nicotine. Aujourd’hui, nous réunissons à Rabat plus de 100 participants venant de plusieurs pays, notamment la Tunisie, la Libye et le Sénégal.
Il existe une dynamique réelle de transformation. Il y a dix ans, la réduction des risques liés à la nicotine n’était discutée que dans des cercles très restreints : experts, scientifiques et industriels. Aujourd’hui, le débat s’est largement ouvert : les gouvernements, les communautés médicales et scientifiques, les médias, mais aussi les consommateurs y prennent part.
En matière de santé publique, trois leviers sont essentiels :
- La prévention : le meilleur choix reste de ne jamais commencer à fumer.
- Le sevrage : pour les fumeurs, arrêter complètement est la meilleure option.
- La réduction des risques : pour ceux qui n’arrêtent pas malgré les efforts, des alternatives meilleures que la cigarette existent aujourd’hui.
En Tunisie, des millions de personnes continuent de fumer. Il est donc important de réfléchir à des cadres réglementaires fondés sur la science pour permettre l’accès à des alternatives innovantes.
L’adoption de l’innovation est également un facteur clé. Dans notre région, les consommateurs sont ouverts aux nouvelles technologies. Cela vaut aussi pour les innovations dans le domaine du tabac et de la nicotine, à condition qu’ils disposent d’une information claire et d’un accès réel aux produits.
Nous sommes encore au début du parcours. Il y a une bonne dynamique, mais beaucoup reste à faire.
Vous avez insisté sur le passage d’une vision à un impact concret. Quels signes montrent aujourd’hui que cette transformation produit de réels changements ? Et quels leviers doivent être renforcés ?
Taylan Suer :
Nous ne parlons pas uniquement d’ambition théorique, mais d’impact réel sur le terrain.
La réglementation est fondamentale. Sans cadre réglementaire adapté, il est impossible de parler d’innovation ou de donner un véritable choix aux consommateurs.
Prenons le cas de la Tunisie. Quatre facteurs sont essentiels pour permettre l’adoption d’alternatives sans fumée :
1. La sensibilisation
Les fumeurs adultes doivent savoir que ces alternatives existent.
2. L’acceptabilité
Les alternatives doivent offrir une expérience satisfaisante ; goût, usage, rituel ; pour encourager une transition durable.
3. La disponibilité
Ces produits doivent être accessibles sur l’ensemble du territoire, et non limités à quelques points de vente.
4. L’accessibilité économique
C’est un enjeu particulièrement important en Tunisie. Ces produits ne doivent pas rester réservés aux catégories socio-économiques les plus aisées.
Aujourd’hui, le marché tunisien du tabac fonctionne sous monopole via la Régie. Cela limite l’accès de certaines marques internationales aux segments à bas prix. La question est donc : comment construire un cadre gagnant-gagnant avec les autorités afin de rendre ces alternatives accessibles à un plus grand nombre ?
Un autre aspect important est le facteur culturel.
Dans notre région, fumer est souvent une expérience sociale : dans les cafés, pendant les matchs de football, durant les soirées du Ramadan. Toute innovation doit donc être socialement acceptable et adaptée aux habitudes locales.
Enfin, l’accès à une information claire et fondée sur des preuves scientifiques est indispensable. En l’absence d’information fiable, la désinformation et les idées reçues prennent le dessus.
Le consommateur tunisien est informé, éduqué et ouvert aux nouvelles tendances. C’est un véritable atout.
À quoi ressemblerait, selon vous, un progrès à fort impact en Tunisie et au Maghreb au cours des dix prochaines années ?
Taylan Suer :
Les dix prochaines années seront déterminantes.
Le premier indicateur de succès serait très simple : voir moins de personnes fumer des cigarettes. C’est l’objectif principal.
Deuxièmement, j’aimerais voir davantage de communication scientifique claire, transparente et objective, permettant aux consommateurs de prendre des décisions éclairées.
Troisièmement, j’espère voir émerger des réglementations davantage proportionnées au risque. Cela signifie une régulation plus stricte pour les produits les plus nocifs et plus équilibrée pour les alternatives présentant un meilleur profil de risque.
Enfin, il y a un sujet qui me tient particulièrement à cœur : l’Afrique.
Je souhaite que l’Afrique devienne un véritable contributeur au débat mondial sur l’innovation et la santé publique, et non simplement un importateur de solutions développées ailleurs.
Aujourd’hui, lorsque l’on parle d’innovation, on pense souvent à l’Europe, aux États-Unis ou à la Chine. Pourtant, l’Afrique possède un immense potentiel : démographique, scientifique et humain pour développer ses propres modèles.
Je suis convaincu que la Tunisie et le Maghreb peuvent jouer un rôle important dans cette transformation.
PMI est-il prêt à investir davantage dans la recherche scientifique en Tunisie ?
Taylan Suer :
La science est au cœur de cette transformation.
Notre approche repose sur des faits, des données et des preuves scientifiques. Pour instaurer la confiance, il est essentiel que la littérature scientifique soit étudiée objectivement par les experts, les médecins et les décideurs publics.
Notre objectif est de renforcer les capacités locales, partager les connaissances scientifiques et explorer comment ces innovations peuvent bénéficier au marché tunisien.
Philip Morris International est ouverte à la collaboration pour apporter davantage de capacités scientifiques, favoriser le dialogue et construire des solutions mutuellement bénéfiques.
La Tunisie dispose d’un atout majeur : une population éduquée, ouverte aux nouvelles technologies et prête à adopter l’innovation lorsqu’elle est accompagnée d’une information fiable.
C’est ce qui peut accélérer cette transformation vers un avenir sans fumée.
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