Centres d’appel en Tunisie : des milliers d’emplois menacés par la fin du démarchage téléphonique en France
Le secteur des centres d’appel en Tunisie se prépare à un changement majeur qui pourrait redessiner son avenir. À partir du 11 août 2026, une nouvelle loi française interdira le démarchage téléphonique commercial sans consentement préalable du consommateur.
Une réforme qui risque d’avoir des répercussions directes sur l’industrie tunisienne de la relation client, l’un des principaux employeurs du pays dans le secteur des services.

Avec près de 250 centres d’appel et plus de 27 000 salariés, essentiellement des jeunes diplômés, la Tunisie s’est imposée au fil des années comme une destination privilégiée pour l’externalisation des services de relation client destinés au marché européen, et particulièrement français. Toutefois, cette forte dépendance constitue aujourd’hui une vulnérabilité.
Selon une étude réalisée en septembre 2024 par la Chambre nationale des centres d’appels et de la relation client de l’UTICA, près de 84 % du chiffre d’affaires du secteur est généré grâce à des contrats conclus avec des entreprises françaises.
L’entrée en vigueur de la nouvelle réglementation pourrait ainsi affecter environ 20 % de l’activité globale des centres d’appel tunisiens.
Les entreprises les plus exposées sont celles spécialisées dans la prospection commerciale B2C (Business to Consumer), qui reposent sur les appels téléphoniques à froid pour recruter de nouveaux clients. Ces structures, souvent de taille moyenne ou petite, pourraient voir leur activité diminuer considérablement dans les prochains mois, mettant potentiellement en danger plusieurs milliers d’emplois.
La nouvelle législation française instaure le principe du « opt-in », obligeant les entreprises à obtenir l’accord explicite du consommateur avant toute démarche commerciale par téléphone. Cette mesure marque un tournant dans la protection des consommateurs européens et s’inscrit dans une tendance plus large observée dans plusieurs pays de l’Union européenne.
Pour Zied Ben Ali, trésorier de la Chambre nationale syndicale des centres d’appels et de la relation client à l’UTICA, cette réforme ne vise pas directement la Tunisie. Elle répond plutôt à une volonté croissante des consommateurs européens de limiter les appels commerciaux jugés intrusifs. Malgré les inquiétudes, aucun centre d’appel tunisien n’a, à ce jour, annoncé sa fermeture en raison de cette nouvelle réglementation.
Face à cette évolution, les acteurs du secteur ont déjà commencé à adapter leurs stratégies. Plusieurs entreprises délaissent progressivement le télémarketing B2C pour se tourner vers le marketing B2B, destiné aux entreprises. D’autres privilégient des bases de données constituées de clients ayant donné leur consentement ou développent des prestations à plus forte valeur ajoutée.
Les grands centres d’appel semblent mieux armés pour affronter cette transition. Déjà positionnés sur des activités comme le support technique, l’assistance informatique, la gestion de l’expérience client ou encore l’externalisation de services bancaires et technologiques, ils sont moins dépendants de la prospection commerciale traditionnelle.
Pour assurer la pérennité du secteur, les professionnels plaident également pour une diversification des marchés. L’objectif est de réduire la dépendance à la France en développant davantage de services en anglais, italien, allemand ou espagnol.
L’intelligence artificielle apparaît également comme un levier stratégique majeur. Les métiers de la relation client évoluent rapidement vers des fonctions spécialisées intégrant l’analyse des données, l’automatisation intelligente et l’accompagnement personnalisé.
Si la nouvelle loi française représente un défi de taille pour les centres d’appel tunisiens, elle pourrait également accélérer la modernisation d’un secteur appelé à se réinventer. Entre innovation technologique, montée en compétences et conquête de nouveaux marchés, l’industrie tunisienne de la relation client joue aujourd’hui une partie essentielle de son avenir.
Tekiano avec Tap
Plus : Emploi Ness News







